Le concept de décroissance

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Le concept de décroissance

Message par Kiwi le Mer 19 Nov 2014 - 1:10



LE CONCEPT DE DECROISSANCE


L’impasse de la société productiviste

« une plus grosse production est la clé de la prospérité et de la paix », telle est l’idée dominante, énoncée par Truman en 1949, de la société de production et de consommation…
Le mythe du « développement » a été consacré à l’occasion de ce même discours, en particulier le développement économique, industriel et technique, qui devait censément profiter en fin de compte à tout le monde par « retombées » (le « trickle down effect » ) des plus riches vers les plus pauvres… Et ainsi « développement » et « croissance » étaient présentés comme la réponse à tous les maux, la clé de la prospérité pour toute l’humanité…

Le moins que l’on puisse dire aujourd’hui est que l’on en est vraiment très loin, les inégalités se sont au contraire creusées jusqu’à un point dramatique : En 1998 les 225 plus grosses fortunes sont équivalentes au revenu annuel de près de la moitié de l’humanité, soit 2,5 milliards de personne !!! Le revenu moyen de beaucoup de pays est en régression, de même que l’espérance de vie…
Les 3 D de la mondialisation ( désintermédiation,déréglementation, décloisonnement) ont finalement eu pour effet de permettre le jeu des inégalités de s’emballer… Et les pays dits « sous-développés », loin de profiter du « développement », se sont fait exploiter par le système mis en place, ont vu leurs ressources pillées et la misère s’aggraver de façon dramatique…
20% de la population consomme à elle toute seule 80% des ressources, et si tout le monde adoptait le mode de vie occidentale il faudrait plusieurs planètes (jusqu’à 6 planètes si tout le monde adoptait celui des Etats-Unis), il est donc impossible de le au monde entier.

Il est donc clair que l’on ne peut continuer ainsi, car les ressources s’épuisent très vite, la « capacité de charge » et de régénération des ressources de la Planète est largement dépassée, tandis que dans le même temps les inégalités continuent à se creuser au point de condamner toute une partie de l’humanité à la misère la plus totale ! Il est donc urgent d’abandonner ce système qui détruit et exploite les ressources et les hommes et d’opter pour un autre modèle de société, permettant un meilleur partage des richesses et un prélèvement plus raisonnable des ressources naturelles, ne dépassant plus la capacité de régénération de la biosphère…
Or cela n’est plus possible si l’on se contente de quelques mesures symboliques tout en restant dans un système entièrement basé sur la « croissance » et qui exige d’exploiter et produire toujours plus sous peine de « crise économique »… Il est indispensable de faire des changements de fond dans le fonctionnement lui-même du système, ce qui implique aussi une évolution culturelle et une évolution des esprits, afin de se libérer des mauvais réflexes et des idées fausses qui nous ont été inculqués par le système productiviste.

L’alternative de la « décroissance » : une « utopie concrète »

Jusqu’à présent l’on peut dire que la quasi-totalité des régimes politiques modernes, des républiques aux dictatures, de la gauche à la droite, ont été productivistes et ont mis en avant la croissance économique comme élément indispensable à la prospérité, un changement de cap serait donc une rupture fondamentale avec ce que l’on a connu jusqu’à présent et une vrai révolution, y compris une révolution culturelle.

L’on peut donc dire de la décroissance qu’elle peut être considérée comme une utopie car remettant en cause fondamentalement les bases du système moderne, mais une utopie concrète car elle fait une analyse réaliste de la situation actuelle et vise à rechercher les moyens concrets de bâtir une nouvelle société, plus juste, autonome conviviale et économe.

Les 8 R :

>>Réevaluer

Il s’agit de redonner de la valeur à ce qui a été dévalué par la société de consommation, notamment certaines valeurs comme la coopération entre les individus, l’importance d’avoir une vrai vie à côté du travail, le partage et le respect de l’environnement… L’importance de vivre dans un environnement sain et harmonieux… la culture… Toutes choses mises petit à petit aux oubliettes par une société basée sur la compétition et la guerre économique généralisée.

>>Re conceptualiser

D’après Ivan Illich et Jean-Pierre Dupuy : « L’économie transforme l’abondance en rareté par la création artificielle du manque et du besoin à travers l’appropriation de la nature et sa marchandisation » L’ultime extrémité de cette logique a été atteint avec les ogm et le brevetage du vivant, aboutissant ainsi à l’appropriation du vivant
Il faut donc « re conceptualiser » entièrement les concepts fallacieux qui ont permis d’en arriver là, et notre façon d’appréhender la réalité, abandonner ce qui est véritablement une « croyance » du système actuel en la possibilité de posséder et dominer entièrement la nature, et opter pour une autre vision du monde, privilégiant l’insertion harmonieuse et l’équilibre.

>>Restructurer

Il s’agit de réadapter « l’appareil de production » et la société elle-même pour s’orienter vers un nouveau modèle de société, ayant abandonné la course effrénée à la production, consommation et au profit, et la compétition, et privilégiant à la place les valeurs d’une société de décroissance, partage, convivialité, etc… Ainsi se pose la question concrète de la reconversion, notamment de l’appareil productif, dans le cadre de la sortie du capitalisme.

>>Redistribution

Il s’agit de la redistribution des richesses et de la répartition de l’accès au patrimoine naturel, en réduisant en même temps le pouvoir de « l’oligarchie des gros prédateurs », et en prélevant moins dans les pays à l’égard desquelles l’occident à déjà contracté une immense « dette écologique » Le calcul de l’empreinte écologique peut être un bon instrument pour cette redistribution.

>>Relocaliser

Le gaspillage énergétique causé par la mondialisation est énorme, chaque produit se retrouve avec un kilométrage énorme, telle ces langoustines écossaises qui vont se faire décortiquer en Thaïlande avant de retourner en écosse…
Il importe donc de relocaliser, de produire localement les produits servant à la satisfaction des besoin de la population, et de limiter au strict nécessaire les mouvements de marchandises et de capitaux.
Il ne s’agit pas que d’une relocalisation économique mais aussi de retrouver la valeur de l’attachement culturel au terroir (ce qui ne signifie évidemment pas un repli communautaire mais un « réenracinnement », retrouver la valeur de son patrimoine local et régionnal et surtout prendre localement les décisions qui ont un impact local)

>>Réduire

Il s’agit bien-sûr de réduire en premier lieu notre « empreinte écologique », notre prélèvement des ressources et notre impact sur la Biosphère. Il y a d’énormes économies à faire vu que 80% des biens mis sur le marché sont utilisés une unique fois avant de partir à la poubelle, et que l’on produit pas moins de 4 MILLIARDS DE TONNES DE DECHETS PAR AN !
Réduire notre consommation effrénée, mais aussi retrouver le goût de la lenteur en réduisant au maximum les transports polluants, etc

>>Réutiliser et Recycler

Recycler les déchets mais aussi combattre l’obsolescence programmée des équipements ainsi que tout ce qui est « jetable »
Nous produisons actuellement quantité d’objets et de matières qui ne sont pas recyclabes, ce qui a des conséquences dramatiques sur l’environnement (cf notamment la « plaque de déchets du pacifique », une plaque flottante de déchets plastiques grande comme plusieurs fois la France, qui contamine petit à petit tout l’écosystème !)
Il est donc urgent d’abandonner complètement la voie linéaire de la production-consommation –déchet non recyclable qui se retrouve dans la nature et de privilégier la voie cyclique de la réutilisation et du recyclage.

La nécessité de « décoloniser son imaginaire »

Le basculement vers une société de décroissance ne peut se faire que quand l’on aura appris à se « déconditionner » d’un certain nombre d’idées, de notions et d’associations d’idées qui nous ont été inculquées insidieusement, par les médias, les pubs, etc…

Il s’agit bien-sûr en 1er lieu de l’association entre bonheur, santé, réalisation personnelle, réussite… et accumulation de biens diverses. Cette association d’idées est largement rabâchée et exploitée par tous les publicitaires, incitant ainsi les gens à compenser leur mal-être, ou un sentiment de frustration générée artificiellement par le système lui-même, par l’achat d’un produit donné qui ne leur était pourtant pas indispensable, voire complètement superflu.

Ensuite il s’agit de l’idée qu’il n’y a pas de prospérité possible sans croissance économique. L’on a pourtant bien vu qu’en fin de compte la croissance en question fini par ne profiter qu’à une petite minorité, tout en creusant les inégalités et épuisant les ressources, ce qui, loin de garantir une prospérité durable, nous mène au contraire inévitablement au désastre…

Viennent ensuite les notions de « développement » et « sous-développement ». Ces notions ont été consacrées par Truman lors de son fameux discours en 1949. Sous le couvert d’aider les pays « sous-développés » à se « développer », il s’agissait en fait de les inciter à « entrer dans la course » de la société productiviste et permettre ainsi de s’approprier leurs ressources naturelles. De plus cela a implicitement pour effet de présenter le mode de vie occidental et notamment celui des Etats-Unis comme le modèle « développé » par excellence et donc celui auquel toute l’humanité doit logiquement aspirer (or l’on a vu que c’est impossible que toute l’humanité adopte ce mode de vie car cela nécessiterait six planètes !!!) et niant ainsi implicitement la diversité des cultures et des façons de vivre des peuples. Ainsi ces notions pièges de « développement » et « sous-développement » cachent en fait une véritable colonisation et uniformisation des cultures, pour ne laisser que le seul modèle américain comme celui auquel l’on doit aspirer… 50 ans après ce discours l’on ne peut que constater que le soi-disant « développement » n’a en rien permis à ces pays de garantir des conditions de vie décentes pour tout le monde, et même qu’au contraire les inégalités se sont creusées et la misère s’est aggravée dans certaines régions du globe… La mondialisation a eu pour effet de détruire le tissu social et la plus grande partie des ressources naturelles des pays dits « en voie de développement » sont exploitées pour le bénéfice des occidentaux…

Ainsi une fois son imaginaire « décolonisé » de l’idée selon laquelle croissance économique, « développement » , « progrès », et prospérité et bien-être sont forcément liés, l’on peut aborder le projet de la décroissance plus sereinement, sans craindre que cela va signifier un retour à l’âge de pierre ! Opter pour une nouvelle société plus économe en ressource ne signifie en effet absolument pas de revenir au moyen-age, de « rétrograder », mais bien au-contraire de remettre le bien-être de chacun en avant, de se libérer des besoins artificiels générés par la société de surconsommation et de retrouver des choses plus essentielles, comme le bonheur de vivre dans un environnement préservé, etc…

La décroissance est l’affaire de tous

Le basculement vers une société de décroissance nécessite une remise en question fondamentale du système dans lequel nous vivons, et ne peut se faire que suite à une grande prise de conscience et si « chacun y met un peu du sien ». Toutes les initiatives locales et personelles pour résister à la logique de la surconsommation sont les bienvenues. L’on peut ainsi citer l’exemple du S.E.L. (système d'échange local), alternative aux services basés sur l'argent, conviviale et permettant de resserer le lien social pour renouer avec l'humain, les groupes de simplicité volontaire (SV), les AMAP et GAS, etc…

Ainsi en mettant en place ce genre d’initiatives l’on pourra petit à petit mettre en place une vrai résistance à la logique du système productiviste.
A chacun de résister à sa manière et d’éviter au maximum de nourrir la logique de surconsommation…
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Re: Le concept de décroissance

Message par Daniel 57 le Mer 19 Nov 2014 - 11:56

Je voulais savoir, est-on sur que les agriculteurs de l'AMAP font bien du Bio
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Re: Le concept de décroissance

Message par Kiwi le Mer 19 Nov 2014 - 14:48

Bonne question Daniel.

En principes les produits sont censés être naturels et sans traitements chimiques. Les agriculteur d'AMAP s'inspirent de la charte de l'agriculture paysanne et du cahier des charges de l'agriculture biologique. Les producteurs possèdent souvent le logo AB mais ca n'est pas systématique. Les consommateurs qui adhèrent aux AMAP recherchent des aliments sains, produits dans le respect de l'Homme, de la biodiversité et du rythme de la Nature. Le concept des AMAP est fait pour participer à la lutte contre les pollutions, les risques de l'agriculture industrielle et favoriser une gestion responsable et partagée des biens communs.

Pour en savoir plus: http://www.reseau-amap.org
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Re: Le concept de décroissance

Message par Green_Emma le Mer 19 Nov 2014 - 14:49

Je crois que la majorité des AMAP proposent du bio. Et quand ce n'est pas le cas, ce sont des produits issus de productions raisonnées (moins de produits chimiques, respect du rythme des plantes, etc.) et de la région, ce qui est toujours mieux que ce qu'on nous propose dans la grande distribution.


Ah, bah Kiwi tu as répondu en même temps que moi ^^
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Re: Le concept de décroissance

Message par Daniel 57 le Mer 19 Nov 2014 - 15:26

Je viens de téléphoner à un agriculteur d' AMAP et c'est souvent la question qu'on lui pose apparemment avec les contrôles, il ne pourrait pas se permettre.
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Re: Le concept de décroissance

Message par Kiwi le Mer 19 Nov 2014 - 15:31

Tu veux dire qu'il ne pourrait pas se permettre de ne pas faire du bio?
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Re: Le concept de décroissance

Message par Daniel 57 le Mer 19 Nov 2014 - 15:37

Exact
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