Lydia et Claude Bourguignon: Défenseurs de nos sols

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Lydia et Claude Bourguignon: Défenseurs de nos sols

Message par Kiwi le Jeu 26 Mar 2015 - 13:24



Lydia et Claude Bourguignon
Defenseurs de nos sols



Seul contre tous, ou presque, Claude Bourguignon, a plaidé pendant des années pour l’importance des sols, et mis en garde des risques que leur font courir les pratiques agricoles intensives. Certaines de ses idées sont désormais confirmées par les scientifiques.

Le sol est une immense fabrique du vivant. C’est lui qui nous nourrit. Et nous en dépendons tous. S’il enveloppe le globe d’une fine pellicule de quelques dizaines de centimètres seulement, il est le siège d’une activité intense et il héberge un écosystème extrêmement riche.

Dans les années 1970, Claude Bourguignon, alors chercheur à l’INRA (Institut National de recherche agronomique), s’intéresse aux millions de vers, larves, coléoptères, araignées et acariens présents dans la terre, qui consomment et décomposent végétaux et petits animaux. Mais aussi aux micro organismes, bactéries et champignons, qui, par millards, utilisent des matières animales et végétales mortes pour fabriquer des éléments nutritifs, de nouveau utilisables par la faune et la flore. Bref, à tous ces petits êtres qui y vivent et y travaillent – et qui font tourner la boucle entre le biologique et le minéral, entre le mort et le vivant. « Il faut cesser de voir la terre comme un support inerte » rappelle-t-il souvent.

Mais à l’époque, le sujet est vu avec condescendance par les autres scientifiques. Emmanuel, son fils, se souvient « J’accompagnais souvent mon père au laboratoire microbiologie de Dijon. J’avais alors une dizaine d’années. Je me souviens des conflits entre mon père et son directeur. Mon père ne comprenait pas que l’on s’inquiète si peu de l’état des sols. » Et Lydia, sa femme, ajoute « Aujourd’hui les gens sont sensibilisés mais, à l’époque, lorsque nous disions que les sols étaient à l’agonie, personne ne voulait l’entendre ».

Claude Bourguignon, constate que les populations qui habitent le sols sont mises à mal par l’utilisation d’engrais et de pesticides ou par la pratique du labour. Mais à l’époque, les outils disponibles ne permettent pas de quantifier précisément cette dégradation et ses observations sont contestées. Elles ne seront confirmées que bien plus tard. « Nos actions n’ont pas été bien accueillies par les scientifique classiques. Leurs propos était plutôt violents ».

Claude décide alors de quitter l’INRA et crée, avec sa femme Lydia, son propre Laboratoire d’Analyse Microbiologie des Sols (LAMS) en 1990. Depuis, il propose aux agriculteurs et aux viticulteurs des techniques de restauration et de préservation des sols agricoles par des pratiques respectueuses de la vie du sol et de son fonctionnement. Ils organisent des voyages à travers le monde pour présenter aux agriculteurs français des méthodes culturales alternatives. Ils enseignent au sein de l’école associative d’agroécologie de Beaujeu, haut lieu de l’écologie des années 1980 et 1990, aux côtés du botaniste Gerard Ducerf ou du philosophe Pierre Rabhi.

En 2008, ils sont rejoints par leur fils Emmanuel, de retour d’une formation en microbiologie et écologie des sols réalisée en Écosse puis en Nouvelle Zélande. «Les choses évoluent aujourd’hui» constate celui-ci, mais, comme le déplorait déjà son père, « à l’époque, il n’existait aucune formation digne de ce nom sur la microbiologie des sols, en France ».

Ensemble, ils étudient la nature des sols, leurs propriétés… « Nous passons 2/3 de notre temps sur le terrain » précise Lydia Bourguignon. « Nous réalisons des prélèvements et à partir de là, nous pouvons dire si la terre a besoin d’être revitalisée, si elle est adaptée à la culture choisie ou si elle a besoin de fertilisants pour aider la croissance de cette culture. La plupart du temps aucune fertilisation n’est nécessaire, il faut simplement soigner et entretenir la terre. » D’après les Bourguignon, c’est d’ailleurs cette démarche, qui vise à «rendre les agriculteurs les plus autonomes possible » qui inquiète. « Si les agriculteurs utilisent moins de fertilisants, par exemple, certaines multinationales vont perdre beaucoup d’argent, or on connaît l’influence de ces multinationales sur les politiques menées en agriculture…. »

Ils cherchent à préserver les sols, et en particulier l’humus superficiel le plus riche en êtres vivants, et prônent le semis direct sur des terres régulièrement mise au repos et laissées couvertes par des prairies naturelles. Ils remettent en cause le labour profond et l’idée reçue que cette pratique aère la terre. « Ce sont les petits invertébrés et les micro-organismes du sols qui, en circulant et en respirant, aèrent le sols » expliquent-ils. « Il a été très difficile pour nombre d’agriculteurs d’accepter qu’une pratique qu’on leur transmettait depuis des siècles n’était pas bonne. Ils avaient le sentiment que si ils ne labouraient pas, ils ne travaillaient pas. » souligne Lydia Bourguignon.

Depuis une dizaine d’années, de nombreuses études ont été entreprises sur ces sujets, en particulier au sein du laboratoire de l’INRA de Dijon où travaillait Claude Bourguignon. Elles confirment par exemple que « le labour classique baisse la diversité des champignons dans le sol et augmente celle de bactéries opportunistes qui sont là pour épuiser le système et peuvent potentiellement être pathogènes», comme le reconnaît Lionel Ranjard, directeur scientifique au sein de l’unité de recherche Agroécologique de l’INRA de Dijon.

«Pendant longtemps, les instituts techniques, tel que l’INRA, n’ont pas ou mal occupés la place », admet Lionel Ranjard. « Mais désormais, avec le développement des outils d’analyse moléculaire, nous pouvons réaliser des diagnostics très fiables de l’état des sols et ainsi orienter les agriculteurs ». C’est cette fiabilité qui manque aux analyses de Claude Bourguignon, toujours selon le chercheur. Il poursuit :  «Claude Bourguignon s’est un peu trop éloigné de la recherche et son discours stigmatise les agriculteurs » mais « il a tellement parlé de ces problèmes, qu’il a stimulé le monde agricole à s’intéresser à la question de la biologie du sol».

Aujourd’hui encore, la famille Bourguignon travaille pour rendre les agriculteurs plus autonomes dans la gestion de leurs terres et se félicite des avancés et du chemin parcouru dans ce domaine. « Mais lorsque nous voyons la puissance des états et des lobbyistes ou des désastres comme ceux provoqués par la Politique Agricole Commune (PAC), nous ne pouvons nous empêcher de garder un certain regard pessimiste. Mais ce sont peut être aussi ces obstacles qui nous poussent à avancer ».

Julie Renoux pour Goodplanet

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