Les valeurs de l'écologie

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Les valeurs de l'écologie

Message par Kiwi le Dim 22 Fév 2015 - 20:01



LES VALEURS DE L'ECOLOGIE


Plongé dans le flux des luttes écologiques, on finit par oublier les valeurs qui fondent ce combat. Il est utile de les reformuler, comme il est ici proposé. La plupart du temps, la partie visible des mouvements militants est plutôt belliqueuse, même si non violente : lutter contre des ennemis, des projets, bloquer, boycotter, dénoncer la démesure, montrer la nocivité, communiquer la catastrophe, culpabiliser... Pourtant, saurait-on engager le plus grand nombre dans une bataille désespérée ? Ne faut-il pas rêver d’un autre monde, côtoyer l’utopie pour se donner de l’énergie dans ces temps de crises et de repli individualiste ?

S’interroger sur nos valeurs nous permettra peut-être de trouver un sens commun et une stratégie commune à des mouvements qui paraissent dispersés et donner envie à plus de citoyens de nous rejoindre pour un objectif « d’utopie concrète ».

La Justice

Le mouvement altermondialiste Climate Justice Now !, qui a été le principal organisateur de la mobilisation autour du sommet de Copenhague en 2009, a mis au premier rang la valeur de justice. CJN ! est traduit en France par Urgence climatique justice sociale. La justice semble effectivement prépondérante pour résoudre le dérèglement climatique parce, qu’il se pose dans des termes de responsabilité et d’impact différenciés : les pays du sud réclament justice au nord, alors qu’ils subissent fortement les premiers désordres climatiques, de même les populations les plus fragiles dans tous les pays sont les plus vulnérables. La justice prendrait ainsi au XXIe siècle la place de la valeur d’égalité qui alimentait l’utopie communiste. On a ici bel et bien tourné la page du socialisme, même si certains essaient de le recycler en « écosocialisme ».Cette valeur de justice prend tout son sens à l’échelle internationale, en appelant à la création d’un tribunal international des droits de la Terre. La justice doit être rendue entre les hommes, mais également devant la Nature. A l’échelle globale et locale, on retrouve la valeur de justice dans la reconnaissance des biens communs : une manière alternative de gérer les ressources naturelles au niveau local, repoussant la marchandisation de la nature et pour une justice vis-à-vis des populations locales face aux multinationales.

La Féminité

A Cochabamba lors du sommet des peuples en 2010, les mouvements d’Amérique latine ont souhaité rappeler le sens de leur relation à la terre : la Pacha Mama, la Terre mère. Cette relation ancestrale à la terre nourricière porte un profond respect de la Nature, mais également une cosmogonie où l’homme est lié intimement à son environnement. De mon point de vue d’urbaine occidentale, je propose de porter cette vision du monde par les valeurs de Féminité et de Nature. Nos civilisations occidentales sont dominées par le masculin, qui a pour moteur l’énergie du «  faire ». On a oublié celle beaucoup plus féminine de « l’être » : l’aspiration au bien vivre, le « buen vivir » d’Amérique latine, à la transmission intergénérationnelle, à la terre matrice qui nourrit et qui soigne. Il ne s’agit pas de s’affilier à un féminisme qui demande l’égalité avec les hommes et laisse les femmes adopter des valeurs masculines pour se faire entendre, mais de porter en positif la féminité pour le bien être des femmes et de tous : lorsque la femme va bien, sa famille va bien. Par extension, la société ira mieux par les femmes. On peut prendre l’exemple du Green Belt mouvement, fondé par Wangari Maathai, qui offre aux femmes des arbres pour que celles-ci aient de quoi nourrir leur famille tout en reconstituant un couvert forestier. Quelques figures internationales portent aujourd’hui cette féminité : Vandana Shiva, Wanjira Mathai,…
Les mouvements décroissants développent en France cette aspiration à la joie de vivre et la lenteur, que je range également (arbitrairement) avec la valeur de féminité, et qui peuvent aussi être couplés avec la sobriété

La Paix

Les stratégies de lutte écologiques et climatique sont la plupart du temps affiliés aux luttes non violentes. Elles emploient plusieurs méthodes qui refusent de générer une lutte armée ou engendrer la guerre, alors qu’en face l’ennemi est violent :
⁃ celles basées sur la communication (chaines humaines, veilles, marches, manifestations, actions symboliques,...)
⁃ celles qui relèvent de l’intervention non-violente (blocages, occupation, désobéissance civile...)
⁃ les actions de non-coopération (grèves, boycott,...)
⁃ les actions de réalisation du changement positif (AMAP, jardins partagés, gratuité des transports en commun, vie en communautés autogérées et sobre..).

Certains mouvements se réclament avant tout de cette non-violence et viennent épauler les mouvements écologistes. La paix peut être la valeur, plus complète que la non violence, des batailles écologiques et climatiques. Cette valeur est d’actualité parce que les guerres dans le monde sont des guerres pour l’accès aux ressources et elles vont se multiplier avec la raréfaction de l’eau, le pétrole, les terres fertiles,... et les déplacements de populations (les réfugiés climatiques).De plus, elle engage aussi la coopération, qui est une valeur forte de certains mouvements citoyens.

La Sobriété et L’Humilité

La doctrine dominante montre l’Homme comme un conquérant de nouveaux espaces et de nouvelles technologies et définit le progrès comme donnant le sens de l’histoire. Or, nous sommes la première génération qui vit moins bien que ses parents et craint le pire pour ses enfants. L’oligarchie actuelle, qui est une gérontocratie masculine, refuse en bloc toute idée de sobriété et de décroissance. Un changement de paradigme sociétal est-il possible ?La figure qui incarne ce changement en portant les valeurs de sobriété et d’humilité est Pierre Rabhi. On a la chance d’avoir une figure charismatique et internationale qui montre l’effet de l’application de ces valeurs dans le champ de l’agroécologie. L’agroécologie est un contre-modèle d’une agriculture industrielle qui se développe en consommant énormément d’intrants. C’est ainsi un modèle de sobriété dans l’agriculture, comme l’est le mode de vie de Pierre Rabhi et de ses proches. Le Mouvement Colibris tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !"
Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part." »

La Beauté de la Nature

La beauté vient souligner ici une approche éthique de l’environnement qui se pose d’emblée comme antagoniste de la conception utilitariste ou instrumentale de la nature, que celle-ci se traduise par l’indifférence vis-à-vis des problèmes écologiques ou par leur prise en compte dans la seule perspective d’une gestion du milieu naturel conforme à l’intérêt des sociétés. Cette valeur vient nuancer également la notion de Bien communs qui viserait à définir les « ressources naturelles » n’ayant pour l’homme qu’une valeur appropriable. Or, une chose est bonne, lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté des écosystèmes et des être vivants. Elle est mauvaise lorsqu’il en va autrement. On reconnecte ainsi les valeurs de ce qui est bien et ce qui est beau et vrai. En évitant de porter uniquement la valeur de Nature ou celle de l’écologie, on évite d’autres écueils : celui de la deep ecology - la Nature est bonne sans les hommes - et celui du scientisme - une croyance aveugle dans les sciences qui, parce qu’elles apportent la connaissance sur l’écologie, résoudraient nos crises dont la climatique (les puits de carbone, les OGM, le bombardement chimique des nuages…). La permaculture porte cette valeur de beauté de la nature : elle a une approche intégrée de l’agriculture avec la nature où l’approche esthétique compte beaucoup. Certains adoptent la permaculture comme un mode de vie complet et quasiment comme une utopie.

La Créativité

Enfin, il semble que la créativité vient logiquement compléter ces valeurs à porter haut et fort dans la bataille climatique. Il ne s’agit pas à nouveau de faire table rase d’un passé encombrant et d’inviter la jeunesse à courir pour fuir le vieux monde. D’un point de vue occidental, en temps de paix et d’espérance de vie assez longue, la réconciliation (la paix) entre les générations est nécessaire parce qu’elle est indispensable à l’inscription dans une lignée qui préserve la nature pour ses enfants. Il s’agit donc de faire preuve de créativité tous ensemble et d’éviter de s’arc-bouter sur un « On lâche rien ! » ,slogan usé actuellement jusqu’à la corde.

Plusieurs mouvements portent actuellement cette créativité :
•Les territoires en transition, nés du pragmatisme anglo-saxon, tracent une voie originale pour la résolution des crises en stimulant la créativité des citoyens,
•Le mouvement des colibris fait également appel à cette créativité en nous,
•La ZAD de Notre Dame des Landes permet une réunion assez inédite de différentes formes de militantisme et une posture d’inventivité renouvelée de l’autogestion et de la liberté. A NDDL, la reconnexion à la beauté de la nature est également très forte notamment chez les habitants de la Forêt de Rohanne.
•Les créatifs culturels : étiquette posée par un journaliste américain sur toutes ces personnes qui expérimentent médecines, spiritualités et modes de vie alternatifs, silencieusement. Ils représenteraient quasiment 20% de la population. Des rassemblements de créatifs culturels ont maintenant lieu dans plusieurs pays.

Conclusion

Les arguments que vous venez de lire pour chaque valeur sont volontairement partiaux et partiels, chacun peut ou non les reprendre à son compte et les modifier à sa guise. D’autant que cette liste mérite sans doute d’être amendée, discutée et surtout confrontée avec des points de vue d’autres cultures, si l’on veut lui donner une vrai dimension internationale. Probablement, faudrait-il faire un travail parallèle sur les autres mouvements sociaux : indignés, pirates et autres collectifs ou forums sociaux, pour tenter de rassembler les lueurs d’espoir vers une éclaircie dans les crises qui s’amplifient.

Les valeurs de justice, féminité, sobriété humilité, beauté de la nature et créativité me semblent s’incarner aujourd’hui dans la pratique du jardinage. L’espoir que l'on vois pour l’avenir de nos sociétés, dès lors que les femmes et les hommes substitueront à la pratique brutale de l’exploitation, la pratique plus douce et authentique du jardinage est celui de vivre dans le jardin planétaire, décrit par le paysagiste Gilles Clément.

Jardiner c’est cultiver son environnement tout en se cultivant soi même, dans le respect de son environnement comme de soi même. Ces deux versants, l’un social et terrestre, l’autre intérieur et spirituel se régénèrent sans cesse. C’est dans la sagesse de cet équilibre entre le faire et l’être que je perçois la voie vers un monde meilleur. Chacun peut prendre le temps de se connaître, de faire jaillir le meilleur de lui même. Et c’est probablement à cette condition que l’énergie militante saura trouver la confiance et l’unité nécessaires pour relever les défis de la transition.


SOURCE: Reporterre
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Re: Les valeurs de l'écologie

Message par phoenixeternel le Mar 3 Mar 2015 - 11:55

l’écologie est une belle idée mais hélas c'est totalement pervertie par les politicards qui ne pense qu'a taxer en son nom, sans pour autant faire quoi que ce soit de valable.

taxe pour ceci, taxe pour cela et ca nous mène ou ? nul part bien sur !! sauf pour eux qui s'enrichissent bien sur

il y a des moyens de faire des choses, mais les lobby les bloques

il n'y a qu'a voir rien qu'au niveau de l’énergie libre, qui est maintenant reconnu par le gouvernement canadien (parce qu'il perçoivent des royalties, le jour ou ont verra ca en France .....

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