Histoire de l'herboristerie

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Histoire de l'herboristerie

Message par NaturAdmin le Dim 30 Aoû 2015 - 22:55



HISTOIRE DE L'HERBORISTERIE


L’herboriste représente un des plus vieux métiers de l’humanité.  

CHRONOLOGIE

L’herboristerie, la médecine par les plantes, ou encore la phytothérapie, est la plus ancienne médecine humaine, les plantes médicinales ayant été employées depuis la nuit des temps.

Dès les origines, l’homme a su puiser dans le monde végétal qui l’entourait des aliments, des remèdes et sans doute aussi des poisons. On estime par exemple que l’homme du paléolithique consommait environ 10 000 espèces animales et végétales différentes. Il existe une longue période, depuis plusieurs dizaines de milliers d’années jusqu’à moins 4 000 ans environ, au cours de laquelle le savoir se constitue peu à peu. C’est par empirisme que se forge un savoir considérable.

Apparaît dans cette période un personnage chargé de collecter les observations, de conserver les échantillons, et de soigner, de ce fait souvent considéré comme en relation avec le monde invisible voire sacré : l’homme-médecine, appelé aussi chamane, guérisseur, sorcier. Dans le nord de l’actuel Irak, on a retrouvé une sépulture collective de Néanderthaliens, parmi lesquels Shanidar IV, décédé il y a environ 60 000 ans, qui fut inhumé avec 7 espèces végétales possédant des propriétés pharmacologiques. Ce traitement de faveur par rapport aux autres personnes inhumées indique qu’il était un personnage important et peut-être un guérisseur.

Pour nos ancêtres, la  nature était à la fois hostile et bénéfique : les plantes toxiques étaient la manifestation d’esprits mauvais, tandis que les médicinales étaient l’expression d’une entité bienfaisante. La relation plante-remède-pouvoir est manifeste dès les toutes premières sources écrites de l’Antiquité, où le religieux voire les dieux, le médecin ou l’herboriste sont le plus souvent confondus.

Les plus anciens écrits mésopotamiens, égyptiens, indiens, chinois remontent à moins 3000, moins 4 000 ans avant l’époque actuelle. C’est dans le delta du Tibre et de l’Euphrate dans l’actuel Irak, région qui fait la jonction entre l’Asie et l’Europe, que l’on trouve les plus anciens documents écrits pouvant mentionner les plantes médicinales. Les tablettes sumériennes de Nippur (2100 av. JC.) et  le Code d’Hammourabi (1700 av. JC) font référence à une pratique médicale essentiellement religieuse et magique. Les prêtres-médecins  emploient des plantes pour la fabrication de remèdes comme l’aloès, la grande aunée, le grenadier, l’oliban, la moutarde, l’acore, le fenouil, la rose, ou le chanvre indien ; mais ce sont d’abord les dieux et les démons qui donnent la santé ou la maladie. C’est le roi médecin Hammourabi (1730-1685 av. JC) qui est à l’origine du premier code de responsabilité civile et pénale des médecins.

En Inde, les Vedas (1500-1000 av. JC) sont les plus anciens textes sacrés ; ils mentionnent l’usage médicinal et alimentaire de plus de 250 plantes. Les pratiques herboristiques mêlent intimement religion, magie et thérapeutique. La conception de la médecine âyurvédique reconnaît la nécessaire interaction entre le macrocosme (univers) et le microcosme (homme). Des correspondances sont décrites entre les éléments (terre, eau, feu, air) et les différentes parties (solide, liquide, calorique) de l’être humain.  Les Perses, les Grecs et les Arabes nous lègueront des éléments de la médecine végétale indienne, notamment de nombreuses épices.

La médecine chinoise au système très élaboré nous est parvenue par le Pen-T’sao (2900 av. JC), œuvre de l’empereur Shen Nong, qui serait le plus vieux livre sur les plantes médicinales. Il décrit des substances d’une incontestable valeur thérapeutique (cannelle, ginseng, réglisse, ginkgo biloba…).  Dans la pharmacopée chinoise ancestrale, les drogues sont classées selon leur couleur et leur degré de chaleur (notion que l’on retrouve dans la classification hippocratique des drogues en Occident), ainsi que par leur forme, leur saveur, leur habitat privilégié.

L’Egypte nous a légué un savoir colossal ; le texte le plus ancien et le mieux connu, le papyrus découvert par l’égyptologue Ebers et qui porte son nom, fut écrit à Thèbes en 1600 av JC. Il contient de nombreuses incantations religieuses car à cette époque la maladie est intégrée dans une conception métaphysique qui gouverne toutes les activités humaines, de la naissance à la mort. Avec d’autres papyrus médicaux, ils reflètent l’idée d’une médecine assez préventive qui donne pour source des maladies les excès alimentaires, les vers, des éléments et des souffles nuisibles et des démons. Les remèdes sont des purgatifs, des émétiques et des lavements, mais les formes sont déjà très diverses : pilules, suppositoires, cataplasmes, tisanes, onguents, emplâtres, collyres… Les plantes utilisées étaient notamment l’absinthe, l’ail, l’oignon, le cumin, le séné, le lin, la myrrhe, la menthe, la jusquiame, le pavot. Cette médecine sera considérée comme l’une des meilleures de l’Antiquité. Elle influencera énormément la médecine hébraïque, laquelle s’intéressera tout particulièrement aux résines à parfum (myrrhe, encens, baumier, etc.) ainsi qu’aux aromates comme le fenouil, l’anis ou le carvi.

La médecine gréco-romaine est, grâce aux Perses, l’héritière de la médecine égyptienne, mésopotamienne, et indienne. Avec Hippocrate (Ve siècle av. JC), commence la médecine scientifique. Celui que l’on appelle parfois « le père de la médecine » établit une science distincte, un métier à part entière, et rejette les croyances et les superstitions qui expliquaient, jusqu’alors, l’origine des maladies. Il fait valoir que les maladies ne sont pas une punition infligée par les dieux mais plutôt la conséquence de causes naturelles : facteurs environnementaux, alimentation et habitudes de vie. L’approche thérapeutique était fondée sur le pouvoir guérisseur de la nature, et sur l’importance de la diététique pour corriger les déséquilibres des humeurs. Son Corpus hippocraticum, premier code de déontologie du médecin, fait état de 230 plantes médicinales, dont comme nouvelles ressources : le chou, le melon, le persil, l’asperge, le céleri, le myrte, le chêne, la mercuriale, la belladonne, etc. Le serment d’Hippocrate est encore prêté au moment de la soutenance de thèse des jeunes médecins.

Un siècle plus tard, Théophraste propose la première tentative de classification des plantes. Dans son Histoire des plantes, il décrit un grand nombre d’espèces grecques ou étrangères, en donnant leurs usages. Théophraste est le plus grand botaniste de l’Antiquité, il fut la référence scientifique en Europe jusqu’à la Renaissance. C’est également lui, le premier, qui énonce la théorie des signatures, théorie qui suppose que l’action thérapeutique d’une plante ou d’une drogue est marquée par un signal visible, organoleptique, symbolique qui désigne, par la loi de similitude, l’organe malade, défaillant, ou la maladie à atteindre (par exemple, une plante velue sera supposée faire repousser les cheveux).

Au Ier siècle après JC, un médecin grec installé à Rome, Dioscoride, décrit dans son œuvre fameuse, De Materia medica, la préparation et les propriétés de plus de 1 000 substances naturelles, les falsifications possibles ainsi que leurs indications. Remarquablement illustré, c’est le premier véritable traité de pharmacognosie.

Une autre grande figure médicale romaine fut Galien (120-200 ap. JC), qui dominera la pensée médicale jusqu’à la Renaissance. Il codifia les préparations des médicaments, à tel point qu’on parle toujours de galénique pour parler de l’art de la préparation pharmaceutique. C’est lui qui élabora la célèbre Thériaque, à base de plus de cent composants dont l’opium, pour soulager les souffrances de Marc-Aurèle.

La médecine gauloise, malheureusement, est assez peu connue, mais il est très probable que les connaissances médicinales furent importantes. C’est une caste particulière de druides, les Eubages, qui était spécialisée dans la médecine et chargée de cueillir le gui du chêne. Par ailleurs,  Dioscoride nous apprend que les Gaulois utilisaient et même exportaient vers Rome la verveine officinale, la primevère, la jusquiame noire, la sauge, et la résine du mélèze. Un autre médecin gallo-romain liste plus de 150 plantes traditionnellement utilisées en Gaule, parmi lesquelles la bétoine, l’armoise, la chélidoine, la petite centaurée, le plantain, le serpolet, le tussilage, le raifort, la mauve, le chou, la menthe, la coriandre, l’ache.

La médecine arabo-musulmane trouve ses bases dans la théorie des humeurs de Galien. Ces humeurs étant antagonistes, l’art du médecin est de rétablir l’équilibre, en les combinant à des degrés divers pour chaque cas particulier. C’est aussi l’apparition de la diététique au sens moderne du terme, avec des systèmes complexes ; par conséquent, la médecine se diversifie et les remèdes sont quasiment personnalisés.  Cette médecine sera le refuge des connaissances antiques pendant la période qui a suivi l’effondrement de l’empire romain, marquée par un véritable recul culturel en Occident.

Avicenne en est le plus célèbre représentant, l’un des plus grands médecins et génies de l’humanité. Il est l’auteur du fameux Canon de la médecine, synthèse des doctrines d’Hippocrate, d’Aristote et de Galien, mais aussi des meilleurs médecins indiens, perses, grecs et arabes. C’est un précieux traité où près de 800 remèdes sont décrits, avec des recettes de sirops, poudres et élixirs. C’est lui qui apporte la méthode de distillation en Occident et qui énonce la notion de totum pour la plante, notion qui part du principe que le tout est supérieur à la somme de ses parties. Il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages de mathématique, astronomie, zoologie, géographie, minéralogie.

Au Moyen Age, dans un premier temps, le clergé va mettre la main sur la médecine savante ; la bataille avec les corporations médicales laïques durera de nombreux siècles et les « sorciers » et « sorcières », individus non organisés, en seront les victimes. Les monastères sont alors dépositaires de nombreuses traditions et de secrets concernant les plantes médicinales. Mais il existe deux importants foyers de recherche, de diffusion et d’enseignement de la médecine en Europe chrétienne. Ce sont l’Ecole de Salerne, au sud de Naples, et l’Ecole de Montpellier.

L’Ecole de Salerne va produire les premiers véritables codex, références de tout le continent pendant six cents ans (avec pas moins de 300 éditions successives). La sauge Salvia officinalis doit son actuelle renommée à l’école de Salerne ; son nom latin l’indique : salvia = sauver. On utilise les moutardes Brassica et Sinapis, pour provoquer les larmes et purger la tête ; l’ortie Urtica dioica, contre les coliques et les rhumatismes ; l’hysope officinale pour toutes les maladies respiratoires, le cresson pour nettoyer les plaies, mais aussi pour calmer les douleurs dentaires.

L’Ecole de Montpellier fut fondée au XIIe siècle par des érudits juifs et arabes ; elle est au départ un lieu extrêmement ouvert à toutes les cultures et toutes les religions, mais cette liberté sera brève : dès 1220, une bulle papale contrôle et consacre l’école de Montpellier un tant qu’université de médecine patentée à former et surtout à diplômer des médecins.

Ailleurs, à Paris, Saint Louis réglemente la médecine et donne un statut aux médecins et aux apothicaires en 1258. Il y a dès le début du XIIIe siècle des dizaines, voire des centaines de médecins à Montpellier, Paris ou Avignon. La préparation et la délivrance des remèdes sont réservées aux épiciers-apothicaires, tandis que les herbiers ne peuvent vendre que des plantes locales, mélangées ou non. Les corporations médicales essaient en vain de discréditer les herbiers et les divers guérisseurs, et de diaboliser les charlatans. C’est la grande époque des bûchers et de la chasse aux sorcières qui ne s’achèvera guère qu’au milieu du XVIIe siècle.

La fin du XVe siècle est marquée par deux événements considérables : l’invention de l’imprimerie, qui favorise la diffusion des documents ; les pharmacopées sont parmi les premières à être imprimées ; et la découverte du Nouveau Monde, et des produits exotiques comme la coca, le quinquina qui sauvera du paludisme, le jalap, le cacaoyer, le tabac, l’ipéca, le caoutchouc, etc. Le médecin suisse Paracelse veut symboliser le renouveau de la médecine en brûlant publiquement les livres de Galien et d’Avicenne. Pour lui, la seule vraie médecine doit être fondée sur l’expérience. Il introduit la notion de principe actif et de dosage comme fondement de l’action de la plante : « Tout est toxique, rien n’est toxique, tout est question de dose ». Cependant, il réhabilitera largement la théorie des signatures : « Tout ce que la nature crée, elle le forme à l’image de ce qu’elle entend y cacher ». Rechercher des similitudes, c’est donc découvrir des propriétés.

Au XVIIIe siècle, la santé publique devient affaire d’Etat, et on parle dorénavant de salubrité publique. Les herboristes sont une profession non constituée en corps et donc fragilisée de tous côtés. En 1777, la création du Collège de pharmacie consacre l’autonomie et le monopole définitifs des apothicaires pour la préparation et la délivrance des remèdes.

Avec la révolution industrielle, au XIXe siècle, apparaissent de nouvelles maladies : la tuberculose, des maladies mentales ; les professions de santé sont réorganisées et le monopole pharmaceutique est réaffirmé, en 1803 ; les colporteurs et les herboristes ambulants sont évincés. En 1854, un décret distingue les herboristes de 1re classe qui ont obtenu un diplôme national dans une école supérieure de pharmacie, et les herboristes de 2de classe qui ont obtenu leur diplôme dans une école préparatoire de pharmacie et qui ne pourront exercer que dans le département où ils ont étudié. La profession d’herboriste est désormais encadrée et enseignée scientifiquement. Les étudiants suivent des cours de botanique, chimie, physique, anatomie, physiologie, physiologie, phytothérapie, diététique, botanique médicale, jurisprudence herboristique et déontologie du métier d’herboriste.

En 1916, une loi exigera une seule capacité professionnelle, celle de la première classe. Les herboristes sont considérés par le public comme des « conseillers paramédicaux ». En 1927, est fondée à Paris l’Ecole nationale d’herboristerie, située rue du Temple. Plusieurs lois ensuite essaient de fixer un statut : en 1930, pour les assurances sociales, les herboristes sont compétents pour exécuter au même titre que les pharmaciens les ordonnances que leur présentent les assurés sociaux. En 1936, une loi sur le colportage en pharmacie-herboristerie reconnaît que « les herboristes peuvent vendre librement au poids médicinal les plantes mélangées ou non, dans un but médicinal ».

Malgré cela, en 1941, le gouvernement de Vichy supprime le diplôme d’herboriste et donne le monopole absolu de la vente des plantes à la corporation des pharmaciens. Cette loi n’a pas été abrogée après la Libération. Elle condamne à la disparition progressive la profession d’herboriste au fur et à mesure que ses représentants mourront (ils étaient environ 4 500).

L’HERBORISTERIE FRANÇAISE NE VEUT PAS MOURIR

A la fin des années 1960, le retour vers les plantes médicinales touche une diversité et un nombre grandissant de personnes en France et dans le monde. Plusieurs écoles voient le jour pour tenter de sauver l’enseignement de l’herboristerie et de faire réhabiliter la profession : l’Association pour le renouveau de l’herboristerie en 1982, l’Ecole lyonnaise des plantes médicinales en 1983, l’Ecole des plantes de Paris en 1985, etc. Plusieurs propositions de loi sont déposées tendant à rétablir un diplôme d’herboriste, en 1978, en 1980, 1986, 1993, en vain. En 1990, la loi Evin dérembourse les préparations magistrales à base de plantes ; ainsi le consommateur est réorienté vers les produits des laboratoires pharmaceutiques ou homéopathiques, ou même vers les compléments alimentaires de l’industrie diététique.

Car l’engouement pour les plantes médicinales ne cesse de se développer et attise les convoitises des industriels et distributeurs de l’agro-alimentaire, des cosmétiques et de la parapharmacie.

Au XXIe siècle, avec la mode actuelle pour l’écologie et les remèdes naturels, les plantes médicinales intéressent de plus en plus le public. La vogue du retour à la nature et des croyances selon lesquelles tout ce qui est naturel est forcément bon ont conduit à une profusion de littérature alléchante, mais très souvent incomplète, sur les plantes médicinales. Certains livres et articles de presse induisent fortement l’automédication avec tous les risques que cela peut comporter. Ce marché représente environ 1 milliard d’euros chaque année rien que dans notre pays. La vieille querelle des apothicaires et des épiciers a pris une tournure industrielle et planétaire, en marge de laquelle les herboristes moribonds et les néo-herboristes « illégitimes » ont bien du mal à se faire entendre.

Dans notre pays, la délivrance au public des plantes médicinales ou aromatiques est aujourd’hui segmentée en deux marchés légaux :

Le secteur médicinal revient en exclusivité aux pharmaciens via le monopole de la quasi-totalité des espèces et du droit exclusif de donner des indications thérapeutiques ; il y aurait même une sorte de suprématie avec le laboratoire Arkopharma.

Le secteur des compléments alimentaires, qui revient petit à petit à l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution via le système normatif d’autorisation de mise sur le marché.

MAIS AUJOURD’HUI QU’EN EST-IL DANS D’AUTRES PAYS ?

En Allemagne, 90 % des gens prennent un remède naturel à un moment ou à un autre de leur vie. La phytothérapie y est officiellement reconnue depuis la loi sur les médicaments du 1er janvier 1978. Les médecins ont une formation initiale et utilisent des spécialités qui sont nombreuses et bien formulées. Il existe aussi depuis 1939 un diplôme de heilpratiker, dont la formation s’apparente à ce qu’on appelle chez nous des naturopathes.

En Italie, il existe un diplôme d’herboristerie reconnu par l’Etat créé en 1931. En 1996, ce diplôme s’est transformé en un diplôme universitaire qui s’obtient après trois années d’études de technique agricole ou en faculté de pharmacie. Ce diplôme donne le droit de cultiver, cueillir, préparer, conditionner et ouvrir une Erboristeria pour vendre des plantes médicinales, sans toutefois pouvoir afficher d’allégations thérapeutiques. La vente des plantes pour une utilisation médicinale est réservée aux pharmaciens.

Au Royaume-Uni, au contraire, l’herboriste et le médecin ne peuvent faire qu’un. Il existe des formations reconnues, dont les programmes sont à la croisée de la médecine et de l’herboristerie au sens où elle était entendue en France.

Aux Pays-Bas, une loi de 1993 permet à quiconque d’exercer la médecine. Certains actes cependant sont réservés aux médecins.

En Espagne, il n’existe pas de diplôme d’herboriste officiellement reconnu, mais des boutiques nommées herbodieteticas se chargent de la commercialisation hors des pharmacies, selon des normes voisines peu ou prou des règles européennes. Les herboristerias proposent  parfois jusqu’à 300 plantes, mais leur capacité de vente est peu à peu accaparée par la pharmacie.

En Suisse, la profession d’herboriste n’existe pas à proprement parler. Les droguistes-herboristes tiennent des magasins où sont délivrés certains médicaments en vente libre, les produits de ménage domestiques, les cosmétiques et les plantes médicinales autorisées. Pour une plante ou une préparation de plantes alimentaire, il est interdit d’indiquer ses éventuelles propriétés thérapeutiques.

Aux Etats-Unis, la phytothérapie de pratique médicale est presque inexistante, mais on observe un regain d’attention.

Au Canada, la phytothérapie connaît un succès certain. Il existe de nombreuses écoles délivrant un diplôme d’herboriste.  En 2005, un sondage a montré que 71 % des habitants ont eu recours au moins une fois à la médecine complémentaire et prenaient régulièrement des produits de santé naturels.

En Chine, après avoir été longtemps étouffée, la médecine ancestrale revient au premier plan. Deux filières officielles de formation coexistent, toutes deux donnant droit à un diplôme équivalent de docteur en médecine, occidentale et traditionnelle. C’est le seul modèle mondial et il est tout à fait exemplaire. Plus de 7000 espèces de plantes médicinales sont utilisées couramment, dont 6000 répertoriées dans la Pharmacopée chinoise.

Cette médecine traditionnelle est très présente également en Inde : c’est l’ayurvêda, système de pensée complet, qui utilise plus de 3000 espèces végétales. En Afrique, en Asie, et en Amérique latine, différents pays font appel à la médecine traditionnelle pour répondre à certains de leurs besoins de santé primaire, avec beaucoup de pertinence (par exemple, au Guatemala, où les guérisseurs et tradipraticiens exercent en parallèle à la médecine occidentale, en raison des mauvais moyens de communication et aussi en raison de la résistance de la culture maya proprement dite).

En Afrique, jusqu’à 80% de la population ont recours aux sorciers, guérisseurs et détenteurs variés de savoirs ancestraux sur la matière médicale.

Nous voyons donc comment le savoir des herboristes perdure de nos jours à travers l’échange des cultures sur tous les continents. La mondialisation des pharmacopées diverses nous apporte encore de nombreuses plantes aux vertus in-considérées par la médecine moderne occidentale.

QUEL AVENIR POUR L’HERBORISTERIE ?

De tous temps et dans tous les pays, la matière première principale de la pharmacopée est restée végétale. Ce sont les rhizotomes grecs (littéralement les coupeurs de racines), les herbarii romains, les eubages gaulois, les herbiers, herbalistes, herbolistes du Moyen Age, les sorciers, et les sorcières de toujours, les colporteurs, les droguistes itinérants qui ont transmis oralement et enrichi de toutes manières possibles leurs savoirs au fil des millénaires, savoirs qui constituent la matière médicale de base dont sont issus toutes les médecines, anciennes ou modernes.

Toute la phytothérapie est fondée sur la tradition. Qu’on l’appelle médecine traditionnelle ou phytothérapie, même dans les pays occidentaux industrialisés, les chiffres indiquent que plus de 50 % de la population ont eu recours aux médecines complémentaires.  Il est urgent de recenser tous ces savoirs qui peuvent être d’importance capitale pour la santé. C’est pourquoi, depuis quelques années, s’est constituée une science nouvelle, l’ethnopharmacologie. Il est toujours étonnant de constater que le savoir « vernaculaire » (c’est-à-dire propre à un pays ou à une culture) est rarement pris en défaut dans ses indications et ses résultats.

De multiples enquêtes ethnobotaniques revalorisent les savoirs des herboristes (Lieutaghi, Renaux, Crosnier, Musset, Couplan, etc.). Pierre Lieutaghi, en 1986, dans son livre célèbre, L’Herbe qui renouvelle, montre que la majorité de ses informations a été fournie par les personnes de tranches d’âge supérieures à 60 ans. Mais une génération plus tard, ils auront disparu. Récemment, deux pharmaciens, Christian et Elisabeth Busser, ont effectué des enquêtes chez l’habitant sur la médecine populaire des Vosges, publiées sous le titre : Les Plantes des Vosges, médecine et traditions populaires, en 2005.

Cependant, selon la loi L659 du Code de la santé publique, l’exercice de l’herboristerie est réservé aux pharmaciens titulaires d’un diplôme de faculté et aux derniers diplômés d’herboristerie qui ont pu continuer à exercer. Un diplôme universitaire de phytothérapie réservé aux médecins, pharmaciens et vétérinaires est délivré par la faculté de médecine Paris-XIII.

Mais de petits producteurs-cueilleurs fleurissent un peu partout, vendent des plantes médicinales au détail au public et revendiquent le sauvetage et la diffusion des savoirs populaires médicinaux. En 1982, est créé le syndicat SIMPLES, Syndicat intermassif pour la production et l’économie des simples, qui regroupe aujourd’hui environ 100 producteurs de toute la France.

Il existe par ailleurs des stages permettant d’apprendre l’herboristerie à défaut d’exercer la profession d’herboriste : voir,

L’Association pour le renouveau de l’herboristerie (www.arh-herboristerie.org), L’Ecole lyonnaise de plantes médicinales, L’Ecole des plantes à Paris ; l’Imderplam, à Candillargues, près de Montpellier, et aussi l’Ecole européenne d’herboristerie.

Une proposition a été déposée récemment au Parlement par le sénateur Jean-Luc Fichet pour réclamer la création d’un diplôme d’herboriste, elle est actuellement à l’étude. Il est soutenu par l’Association pour le renouveau de l’herboristerie qui demande depuis trente ans la reconnaissance de la profession d’herboriste en France et la création d’un diplôme européen de phytologue-herboriste. Vous pouvez signer la pétition en ligne sur le site de l’ARH. Des informations sur la proposition de loi sont disponibles sur le site du Sénat :

http://www.senat.fr/leg/ppl10-750.html

Enfin, de nouveaux magasins font leur apparition qui vendent les 140 plantes autorisées par la loi du 22 août 2008, ainsi que des huiles essentielles, des épices, des thés et des compléments alimentaires de type vitamines et minéraux, comme certains magasins de parapharmacie.

En guise de conclusion, rendons hommage aux innombrables générations d’herboristes anonymes, femmes et hommes du peuple dont l’histoire écrite n’a pas ou si peu rendu l’immense importance.

Claude Amour

Signer la pétition en ligne pour le rétablissement du métier d’herboriste sur le site de l’ARH :
www.arh.herboristerie.org
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Re: Histoire de l'herboristerie

Message par Galiane le Sam 12 Sep 2015 - 19:53

Pétition signée!

Merci pour cet article. J'ai appris des choses que je savais pas du tout. ok
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